Teintés d’un bleu profond, les cyanotypes de Carole Audran deviennent un terrain d’expression, où chaque image se transforme en poésie visuelle. En s’appropriant cet ancien processus d’impression photographique, elle saisit les traces subtiles laissées par la nature et le temps, capturant l’évanescence du monde qui l’entoure.
Dans cette interview, Carole nous invite à découvrir son parcours, son lien avec son environnement et les secrets de son processus créatif. Un voyage immersif dans son univers, où l’expérimentation se mêle à la sensibilité.
inspirons : Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours artistique ?
Carole : Je m’appelle Carole, je suis française et je vis au Québec depuis 5 ans. Je suis artiste photographe. Je fais de la photo depuis l’adolescence. Je pense que c’est une histoire de famille. Mon père prenait des photos, mon frère aimait ça aussi. Je me souviens des soirées diapositives projetées sur un drap blanc. Et j’ai toujours vu ma grand-mère avec son appareil photo. Elle a beaucoup voyagé et revenait avec des centaines de photos à regarder dans un album.
Par la suite, j’ai étudié la photographie à Paris. J’ai mis beaucoup de temps avant de montrer mon travail. Alors, je suis ce qu’on appelle ici, au Québec, une artiste émergente. Une de mes premières expositions regroupait des photographies noir et blanc prises lors d’un voyage humanitaire au Népal. Et pendant l’été 2024, j’ai exposé des cyanotypes dans quatre galeries d’art.
inspirons : Comment as-tu découvert la technique du cyanotype, et qu’est-ce qui t’a attirée vers ce procédé photographique ?
Carole : En faisant des lectures et des recherches sur la photographie, je suis tombée sur cette technique et j’ai tout de suite été séduite. J’ai toujours adoré le côté laboratoire de la photo. Avant, j’avais une chambre noire chez moi et je développais mes films et mes photos noir et blanc. Ce que j’adore avec la technique du cyanotype, c’est que je retrouve la magie de la photographie, du développement de la photo, de voir l’image apparaître sous mes yeux. Je ne m’en lasserai jamais !
J’aime dire que je vois la vie en monochrome. Je fais de la photo noir et blanc et des cyanotypes, des images en bleu et blanc. J’aime aussi le lien avec la nature. Je fais des cyanotypes avec des fougères et je les expose au soleil. Une grande partie du processus se déroule à l’extérieur et j’aime beaucoup ça !



inspirons : Quand et comment est né le projet « Gaia in blue » ?
Carole : J’ai commencé à faire des cyanotypes la première année de mon arrivée au Québec. Je venais d’adopter un chien de traineau à la retraite qui s’appelait Gaïa et qui aimait beaucoup les grandes promenades. C’est comme ça que j’ai découvert beaucoup de sentiers autour de chez moi, en Estrie. Pendant nos marches, je cueillais des fougères, et à notre retour, on restait dehors pour les exposer au soleil.
Quelques années après, quand j’ai commencé à vendre mes cyanotypes, pour lui rendre hommage, sur mes réseaux sociaux, j’ai nommé ma page « Gaïa in Blue ». Gaïa a été un grand soutien émotionnel pour mes premières années d’immigration au Québec. Ceci est l’explication personnelle que je dis à peu de monde.
Quand je rencontre des gens, je leur dis que Gaïa est le nom de la déesse de la Terre-Mère et, faisant des cyanotypes avec des végétaux, je trouvais que ça collait bien, c’était même une évidence.
inspirons : Peux-tu nous expliquer comment tu réalises un cyanotype ? Quelles sont les étapes clés qui te semblent les plus importantes ?
Carole : Pour faire un cyanotype, nous avons besoin des 4 éléments de la nature. Voici les grandes étapes : j’applique sur une feuille de papier un liquide sensible à la lumière. Ensuite, je mets, par exemple, une fougère (Terre) dessus, puis je l’expose au soleil (Feu). Et je la développe dans de l’eau (Eau). Et c’est à ce moment-là, le moment magique de la photographie, le moment où apparaît l’image en bleu et blanc. Pour finir, ma feuille de papier sèche au vent (Air), où le bleu continuera de s’intensifier. Toute une ôde aux éléments de la nature.
Aujourd’hui, je suis inspirée par ce qui se faisait par la pionnière du cyanotype Anna Atkins. C’est-à-dire des cyanotypes à base d’herbier. Et j’explore également des approches plus contemporaines.

inspirons : Y a t’il un projet que tu as beaucoup aimé réaliser ?
Carole : Ce qui se passe avec cette technique, c’est que je la trouve très inspirante. Je fais de nombreux projets et j’en ai encore plein d’autres en tête. Parfois, je m’éparpille de trop. Ma résolution pour 2025 : avoir une ligne directrice ! Donc je reste « focus » sur ta question : un projet que j’ai aimé ?
Celui intitulé « Dans mon jardin », c’est un polyptyque de 20 cyanotypes. J’ai fait 20 cyanotypes de format 6×6 mettant en lumière une fleur ou un végétal.
Je l’ai exposé en septembre 2024 grâce au Comité Arts et Culture Jacque Cartier à Sherbrooke. Lors du vernissage, je me suis rendue compte que cette œuvre pouvait évoluer, changer, grandir. Et j’ai aimé pouvoir imaginer qu’elle soit encore plus grande.
inspirons : Le cyanotype est considéré comme une technique respectueuse de l’environnement. Est-ce que ça influence ta connexion avec la nature dans la vie quotidienne et dans ton travail ?
Carole : J’ai toujours eu une certaine connexion avec la nature. J’ai toujours vécu à la campagne, mes parents nous emmenaient faire des promenades. J’ai beaucoup de souvenirs d’enfance où je joue dehors. En grandissant, j’ai été sensibilisé à la pollution plastique, dans nos campagnes et dans les océans. Il y a quelques années, je faisais des « rando-déchets » avec ma nièce et mon neveu. On faisait une promenade et quand on voyait un déchet, on le ramassait.
Quand je suis arrivée au Québec, j’ai travaillé avec des chiens de traîneau dans les Laurentides, au centre d’activités nature Kanatha Aki. Ce lieu a une philosophie amérindienne, tu peux y voir des bisons, dormir dans un tipi et bien plus encore. J’ai appris à voir la Nature d’une autre manière grâce à la découverte de la culture autochtone.
Étant repartie de ce lieu accompagnée d’un chien de traîneau à la retraite, je passais beaucoup de temps dans la nature, à toute heure de la journée. Avoir un chien, cela te fait voir des beautés de la nature que tu n’aurais jamais vues sans sa présence. Des levers et des couchers de soleil, des étoiles par milliers, des forêts, des plages, des lacs et des aurores boréales !
Dans mon processus artistique, une des premières étapes est de cueillir des plantes. Je fais attention à la plante que je cueille, je regarde s’il y en a d’autres autour et surtout je ne cueille pas tout. Seulement ce dont j’ai besoin. Je finis en remerciant la Terre-Mère de tout ce qu’elle nous donne.
Tout ce qui est en lien avec l’écologie, la protection et la préservation de la Nature est dans mes valeurs. Je rêve de pouvoir collaborer avec des associations protectrices de l’environnement et des animaux.
Mon travail est de mettre en lumière la nature. Je souhaite montrer sa beauté et sa délicatesse. Le message est de prendre le temps de l’admirer et de sensibiliser le public à la préservation et au respect de celle-ci. Nous faisons partie d’un écosystème qu’il faut garder en vie pour notre équilibre sur notre planète bleue.
Mon travail est de mettre en lumière la nature. Je souhaite montrer sa beauté et sa délicatesse. Le message est de prendre le temps de l’admirer et de sensibiliser le public à la préservation et au respect de celle-ci.
inspirons : Comment choisis-tu les éléments que tu utilises dans tes compositions ?
Carole : Quand tu regardes mes cyanotypes, en grande majorité, tu vas y voir des fougères. La fougère en cyanotype est extraordinaire. Elle a tellement de détails et de finesse, je ne me lasse pas de faire des cyanotypes fougères.
J’aime aussi ce que véhicule la fougère. Elle fait partie des plus anciennes plantes au monde, ce qui signifie qu’elles survivent, grandissent et restent fortes dans des conditions difficiles.
J’ai réalisé une série intitulée « Sous les Tropiques », où j’ai fait des compositions avec des fougères et des feuilles de Monstera pour le côté exotique. Les toiles ont des noms en lien avec les îles d’Hawaii.



inspirons : Quelles sont les réactions du public face à tes cyanotypes ? As-tu des retours ou des réactions qui t’ont particulièrement marquée ?
Carole : Le bleu est l’une des couleurs préférées par le plus grand nombre. Donc je suis chanceuse de recevoir de beaux commentaires !
Bien que le cyanotype fasse son retour depuis quelques années, beaucoup de monde ne connaît pas cette technique. Je passe beaucoup de temps à l’expliquer et j’aime ça, car j’aime voir la réaction des gens. Ils sont toujours très étonnés et surpris, par le processus et aussi par la date d’invention du cyanotype : 1842.
Une dame a acheté plusieurs cyanotypes qu’elle a accrochés dans sa chambre. Elle m’a envoyé un courriel pour me remercier et me témoigner que tous les matins en se levant, la première chose qu’elle voit, ce sont les cyanotypes et que la couleur l’apaise et lui permet de bien commencer la journée.
inspirons : Où peut-on découvrir ton travail ? As-tu des expositions ou des projets à venir que tu aimerais partager ?
Carole : Cet été 2025, je vais faire quelques marchés et expositions d’art. Les informations sont à suivre sur mes réseaux sociaux.
En ce moment, je donne des ateliers d’initiation au cyanotype à Magog de fin janvier jusque fin février 2025.
J’ai un projet personnel en cours intitulé « Un cyanotype sur ma corde à linge ». Il est sur ma corde à linge depuis le 1er octobre 2024. Vous pouvez le retrouver dans mes « stories » sur Instagram, je donne de ses nouvelles ! Il affronte bien des phénomènes climatiques juste avec le changement de saison !
Je projette de faire une collaboration avec une autre artiste ou artisane, alors je lance ça dans l’univers ! Et je suis certaine que, grâce à « inspirons », mon message va se rendre à la bonne personne.